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M souvent dans des conditions difficiles et avec des tâches à effectuer 54 ralf tech : océan dernière frontière Descente mètres par mètres, descente dans les abysses, descente aux frontières de la tolérance du corps. Une passion, un combat hors du temps, un exploit inégalé depuis dix ans. De ce record du monde de profondeur en plongée sous-marine autonome, revivons chaque étape, sous le récit du seul homme ayant survécu aux 330 mètres sous le niveau de l’océan, Pascal Bernabe. par Frank Huygue ardi 5 juillet 2005 Propriano, Corse. 8h du matin. « Cela fait des années que j’attends ce moment : sous mes palmes, déjà dans l’eau, 400 mètres de fond ! Les eaux du Valinco sont calmes. C’est inespéré ! Nous avons dû reporter si souvent cette plongée à cause du vent ! A mes pieds, la grosse bouée bleue à laquelle est fixée la corde de 350 mètres lestée de 50 kilos qui plonge vers les abysses... et qui m’attend. Dommage qu’il y ait cette boule dans le ventre qui ne disparaît pas malgré la relaxation, une respiration tranquille et surtout de si bonnes conditions. L’équipe s’affaire efficacement autour de moi. Hubert, François, Tono, Christian, Sophie et Frank se sont levés à 5 heures du matin pour préparer le matériel. J’ai réduit le matériel au minimum, pour diminuer les risques d’erreur et de confusion au fond. Seules les quantités des gaz que je vais respirer ont été « surdimensionnées ». Ma hantise a toujours été d’en manquer. A 9h00 à ma montre RALF TECH WR1, mon équipement est fin prêt. Un premier stop à - 6 mètres pour faire une dernière vérification en compagnie de Sophie. Tout est bon. Je purge mon gilet stabilisateur et le vide m’engloutit. Je franchis le cap des - 100 mètres sans trop y prêter d’attention et commence à prendre de la vitesse. Je dépasse l’étiquette - 150 mètres. Lors de mes premières plongées aux mélanges gazeux en 1993, cette profondeur me semblait quasi inaccessible. Mais depuis 1996 je suis redescendu une quinzaine de fois entre - 150 et - 174 mètres, (Explorer, dérouler du fil, filmer, assister...), ce qui me procure un certain confort psychologique à cette profondeur. Je viens de passer les - 200 mètres pour la troisième fois depuis que je plonge profond. La première fois c’était dans l’immense caverne noyée de Fontaine de Vaucluse en 1998 à plus de ... 250 mètres. La deuxième fois, en mer au large des côtes espagnoles à - 231 mètres avec la même équipe. C’est aujourd’hui presque une formalité puisque l’objectif est bien plus profond ! Toujours pas de SNHP (le fameux Syndrome Nerveux des Hautes Pressions qui empêche le corps de répondre aux ordres du cerveau). La corde défile vite entre mes gants. J’arrive à la dernière bouteille de 20 litres accrochée à l’étiquette - 250 mètres qui se trouve en fait à - 265 mètres en raison de l’élasticité de la corde. Le SNHP commence à s’installer sous forme de tremblements légers, mais surtout j’ai plus de difficulté à me concentrer. Bizarrement je tremble moins qu’à la Fontaine du Vaucluse au-delà de - 200 mètres. Pas de troubles visuels évidents (problèmes de distance) non plus si ce n’est un « effet tunnel » avancé : mon champ de vision semble restreint. Je continue à descendre. Je note à peine la présence de l’étiquette des -300 mètres qui devrait pourtant me marquer. Un flasheur clignote, me signalant la zone très profonde.


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