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J’atteins la marque des - 320 mètres (située à plus de - 330 mètres en raison de la distorsion de la corde) lorsqu’une grosse déflagration se produit dans mon oreille droite, accompagnée d’une violente douleur dans cette même oreille. Une de mes lampes, fixée sur mon casque, vient d’imploser. Mon stress disparu depuis - 70 mètres revient subitement. Sur le coup je suis persuadé d’avoir une grosse lésion du tympan. Le voyage s’arrêtera donc là pour moi ! - 330 mètres... Pas mal tout de même... J’amorce rapidement la remontée. La douleur à l’oreille ne s’amplifie pas. J’évite de penser à la suite, me concentrant uniquement sur les tâches immédiates à accomplir. A - 265 mètres, je récupère avec bonheur ma première bouteille de sécurité, le temps d’un premier petit stop. Puis la remontée reprend, plus lente. Aujourd’hui j’ai le sentiment que dès - 220 mètres, il me reste peu ou pas de symptômes du SNHP. A - 215 mètres, deuxième stop profond. Et c’est encore plus lentement que je rejoins mon palier et ma bouteille suivante à - 165 mètres. L’oreille fait moins mal que prévu et je suis en terrain connu. A partir de - 150 mètres la remontée devient extrêmement lente, d’autant plus que les bouteilles s’accumulent autour de moi, sur la corde et sur mon harnais. Lorsque j’arrive à - 70 mètres, c’est 9 bouteilles relais de 20 litres que j’ai à gérer. A - 65 mètres je passe sur la seconde corde. J’y retrouve avec plaisir François, avec lequel j’explore habituellement des épaves profondes. Il vient aux nouvelles et me ravitaille. Je lui fais part de ma douleur à 57 l’oreille et de très légères nausées. Il me déleste de 4 bouteilles et après un long moment passé en ma compagnie, rejoint ses propres paliers. Hubert prend le relais vers - 50 mètres. C’est un adepte des plongées « baroques » comme il les appelle : profondes en spéléo ou en mer jusqu’à - 211 mètres (quand même !). Il me donne de l’eau mélangée à un médicament afin de prévenir les nausées. C’est ensuite Denis qui vient me voir et m’apporte une soupe de légumes que je bois dans des seringues géantes. Cette nourriture salée est une bonne alternative au lait concentré, crème de marron, compote, gel et eau déjà absorbés. A partir de - 30 mètres je commence à ressentir de plus en plus les effets de la forte houle de surface. Ma douleur à l’oreille s’amplifie et bientôt chaque mouvement de la corde va devenir un calvaire. La décompression tourne au supplice. Vers - 12 mètres le mal de mer commence en plus à se faire sentir. Car en surface la houle s’est levée et Frank, resté sur la barge pour assurer la sécurité fait face à des vagues de plus de trois mètres ! Le fait de supporter la douleur et la nausée commence à m’épuiser. La fin de la décompression se fait en compagnie de 6 autres plongeurs qui m’accompagnent à - 3 mètres et jusqu’à la surface que j’atteins après 8 heures 47 minutes de plongée. Là je suis pris en charge puis rapidement évacué à terre. Je continue à respirer de l’oxygène encore une demi-heure à terre tout en me réhydratant abondamment. »


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